LA TUNISIE EN BMW HISTORIQUES

 

 

 

Ce matin du 11 octobre, jour tant attendu, nous nous retrouvons à Marseille sur le port de la Joliette, où arrivent les BMW anciennes sous le regard admiratif des douaniers. 17 voitures, 3 motos, 43 personnes prennent ainsi le départ, pour la majorité d'entre nous, vers une terre inconnue.

L'excitation est au plus haut et, sous le soleil, tout le monde est content. Content de retrouver des connaissances, content de découvrir de nouvelles têtes, et content de partir vers l'aventure tunisienne.

Deux heures plus tard, après avoir passé les formalités d'embarquement, nous nous retrouvons sur le "Méditerranée" qui largue les amarres à 12 H 30.

C'est déjà l'heure de l'apéro avant de passer à table. Le voyage se fera sur une mer d'huile.

 

Dimanche matin nous arrivons à la Goulette, premier port de Tunisie à 10 km de Tunis, et nous nous dirigeons, après 2 heures de formalités, vers le restaurant "La Petite Etoile" où un excellent buffet local nous attend.

D'ores et déjà nous sommes dans le bain. Le restaurant donne sur un petit port sympathique où les pécheurs s'activent pour vendre le produit de leur labeur aux autochtones.

Nous dormirons à Bizerte située à 85 Km, mais comment passer devant le Musée du Bardo sans s'y arrêter.

Tout blanc, avec sa petite coupole, il rassemble des trésors archéologiques et artistiques de toute la Tunisie.

C'est sans doute aujourd'hui le plus grand Musée du Maghreb et l'on y trouve aussi la plus belle collection de mosaïques romaines du monde entier.

Nous arrivons de Tunis sur Bizerte par un pont imposant et les allées de palmiers nous dirigent sur notre hôtel, le "Bizerta Resort" 4 étoiles , piscine, massage, jacuzzi etc.. Tout au long de notre voyage, nous prendrons goût à ce confort.

Certains sortiront après diner en taxi, pour découvrir le port et la médina avec ses boutiques et son ambiance.

Une première intervention sur la 700 qui rejoindra l'hôtel sur le plateau et réparation immédiate par Jean-Pierre et Edouard. Une vis de tringlerie de la boite à remplacer et la 700 est prête pour l'étape du lendemain qui nous amènera, après un arrêt au Cap Blanc, le point le plus septentrional  de l'Afrique, à Aïn Draham située à 175 Km.

Les départs auront toujours lieu vers 8 H, parfois 7H30 quand l'étape est longue. Les routes tunisiennes sont toutes bitumées et le réseau routier est, en général, en bon état. Vers le sud, nous rencontrerons des routes avec des trous et un bitume plus grossier. Les moyennes ne sont pas élevées compte tenue de la circulation et de la fréquentation des routes par des mobylettes, des ânes, avec ou sans carrioles, et les enfants.

Nouvel avatar pour la 700 : crevaison ! Jacques, son pilote, reste impassible.

Nous serons escortés par la police durant 80% de notre périple, celle-ci n'hésitant pas à bloquer les carrefours pour faciliter notre passage et notre sécurité. Mieux que des premiers ministres !

Nous nous arrêtons pour déjeuner à Tabarka après avoir traversé Sejenane et Nefza. Tabarka est un petit port de pèche réputé pour ses langoustes. Découverte du port et ses aiguilles, rochers monolithiques d'une vingtaine de mètres érodés par la mer, que suite à son bain forcé, un de nos amis a vu de près en voulant braver les rochers glissants. N'est-ce pas Bernard ?

Balade dans la petite marina, qui me rappelle les marines de Cogolin avec ses nombreuses terrasses de cafés.

Nous sommes à 20 Km de la frontière algérienne et à 125 Km d'Annaba.

Abandonnant la côte, nous découvrons en pleine forêt de chênes-lièges la petite station d'Aïn Draham (source d'argent), dont les toits de tuiles contrastent étrangement avec le reste du pays.

Nous arrivons à l'hôtel Nour el Naïm où nous sommes reçus par un groupe folklorique et des danseuses locales.

Toutes nos arrivées seront suivies d'un cocktail de bienvenue.

Durant le dîner nous nous laissons entraîner par les danseuses sur la piste et l'ambiance est excellente. Jacques et Bruno nous font une démonstration de danse du ventre. L'hilarité est à son comble.

Le soir Didier propose un hammam pour les volontaires; mais un hammam local, pas de ceux qui sont proposés pour les touristes dans les grands hôtels, puisque cette prestation n'est pas encore disponible en ce lieu.

Seul un petit groupe composé de Jacques, Guy, Jean-Christophe, Béatrice et Didier est parti dans l'obscurité de la ville pour rejoindre une salle sombre où l'on oserait à peine s'aventurer tellement le lieu apparaît peu engageant. Difficile à décrire tellement le fou rire envahit les participants et je pense qu'il faut l'avoir vécu, sachant que suivant leurs dires, la fameuse scène des "Bronzés  font du ski" ne serait qu'à peine représentative du moment.

Jean-Christophe raconte :

"Le Hammam Municipal est exceptionnellement mixte ce soir là et une coupure de courant peu après notre entrée, annonce déjà l'ambiance. Nuit noire, quasi à poil dans une sorte de catacombe. Après ce qui fut un infâme bricolage du disjoncteur, baignant dans une atmosphère saturée d'eau chaude et d'humidité c'est , armés de deux seaux d'eau et d'un bol que nous nous sommes dirigés vers la salle des supplices.

Dans l'attente de l'opérateur des lieux, une bataille de seaux d'eau à fait rage car nous ne savions que faire de ces instruments. Entre en scène la masseur tunisien, sorte de Bruce Lee local. Didier s'y colle le premier et là sur un socle de marbre brut commence une déferlante de massages, mouvements, étirements, friction au gant de crin, savonnage en règle, le tout parsemé de rinçage à grands coups de seaux d'eau chaude ou froide. C'est selon. Didier se trouve dans l'impossibilité d'articuler le moindre son, les complices du moments restent figés sur place de rire tout en se disant que cela va bientôt être leur tour. Ainsi chacun reçut ce traitement de choc qui, au final, s'avéra d'une très grande efficacité car rapidement nous étions envahis par un bien être subtil.

Seuls les zygomatiques ne se sont pas remis de l'excursion"

 

Nous sommes le 14 octobre et l'étape Aïn Draham - Sbeitla est longue de 251 Km avec arrêt au Kef pour le déjeuner. Didier, l'organisateur sans pitié, nous fixe un départ à 7H30, mais rien n'arrête notre enthousiasme pour l'aventure.

Sur la route du Kef, le programme prévoit la visite de Chemtou dans les environs de Bulla Régia. Un important site des carrières de marbre où jadis vécurent les Romains et le guide féminin s'emploiera à nous expliquer  la vie des ouvriers et des Romains qui y trouvaient un marbre rare et très prisé, du meilleur effet dans les villas patriciennes. Nous reprenons la route pour une courte étape qui nous conduira sur le magnifique site archéologique de Bulla Régia où nous pouvons admirer de superbes mosaïques dans les maisons dont les pièces principales avaient la particularité d'être construites en sous sol.

Nous déjeunons à l'hôtel restaurant Leklil avant de partir pour Sbeitla. Traversant Dahmani, devant une école, des jeunes nous jettent des pierres et 4 voitures sont légèrement touchées. Si la plupart des tunisiens, petits et grands, sont très accueillants il faut croire qu'une minorité (constitué par de jeunes adolescents) est encore hostile aux étrangers et peut être aux Français. C'est pourquoi la police nous encadre, afin de sécuriser les touristes qui sont une des principales sources d'économie du pays. Cet incident est resté localisé et peut être attribué au fait de la traversée d'un lieu peu fréquenté, quelque peu reculé où de belles autos passent pour de la provocation.

 

Halte au site archéologique de Sbeitla. Son arc de triomphe et son temple permettront à notre guide, jeune femme au tempérament enjoué, de retracer la vie de ces pierres et de reconstituer mentalement une cité florissante où des tribuns en toge venaient haranguer la foule sur le forum.

Notre guide se rappellera pendant encore des décennies notre passage, tant l'ambiance animée par Jacques, en pleine forme, et la rigolade étaient de mise... une fois de plus.

Le Suffetula, hôtel grand luxe, nous attend avec le traditionnel cocktail à Sbeitla et l'équipe des nageurs Jean-Christophe, les 2 Philippe, Michel, Jacques et Bruno se retrouve dans la piscine comme à chaque arrivée.

Détente et bien être avant d'attaquer l'apéro et le repas du soir composé d'un gigantesque buffet où sont proposés des plats locaux (Brik, chatchouka, couscous, tajine, doulma) et européens.

 

L'étape 5 nous emmènera à Tamerza - 206 Km -

De là nous filons vers le sud et la chaleur qui était déjà bonne montera de quelques degrés. Nous n'avons connu que du ciel bleu et une température de l'ordre de 25/30°. La route est plus cahoteuse dans la descente vers Tamerza et nous passons une grosse mare d'eau où d'aucuns accélèrent et se font plaisir à salir la voiture pour faire plus "raid saharien". N'est-ce pas Michel ?

Tamerza, magnifique oasis de montagne où nous déjeunerons avant d'aller au canyon de Midès dans l'après-midi, lieu célèbre par de nombreux tournages de scènes de cinéma (La guerre des étoiles, entre autres).

L'hôtel Tamerza est un palace ***** avec sa terrasse ayant vue sur la palmeraie et l'oued à 240°. Jean Pierre et Edouard, nos mécaniciens de choc, profitent de l'étape pour résoudre un problème de freins sur la 1800 Ti, et répare une glace sur le 1600 GT. On sent le désert proche et durant la visite du canyon de Midès les chèches ornerons nos visages. Il nous tarde de voir et de rencontrer les berbères et peut être des touaregs, les peuples du Sud, ceux qui ont la peau cuivrée presque bleue. Dans l'attente certains sont déjà bien rouges.

L'apéritif du soir est offert par le Club et Didier, notre gentil organisateur, profite de cette soirée pour remettre à tous les participants les polos "Tunisie 2008". Nous assistons à de pittoresques séances d'essayage au bord de la piscine !

 

Jeudi 16 octobre, départ 7 H 30 pour le grand Sud - 324 Km - Ksar Ghilane, point d'étape le plus au Sud où nous dormirons dans le désert.

Le trajet de Tamerza vers Ksar Ghilane passe par Tozeur, Kibili, Douz. De Tozeur à Kibili nous traversons le Chott El Djérid. Cette mer de sable et de sel offre une traversée très impressionnante. La rupture est assez brutale puisque dès la sortie de la palmeraie, l'horizon devient vite indistinct. Heureusement la barre des djebels nous rappelle que nous sommes bien sur terre. Et puis ce désert de sel, cette neige bizarre et ses cristaux brillants émerveillent nos yeux. Nous nous arrêtons sur le bord de la route pour faire "flamber" les appareils photos. Bien que le plan vide, ici à 360°, ne facilite pas une photo sans relief. Mais l'impression est si forte que nous n'oublierons pas ce paysage de sitôt. Une boutique perdue au milieu de nulle part propose des gadgets et des roses des sables.

Nous voilà à Douz, la grande porte du désert de la zone ouest de la Tunisie et comme par un fait exprès nous arrivons à douze heures douze à Douz. Nous traversons la palmeraie pour nous rendre au restaurant, le saharien Paradise. C'est la magie sans mirage, celle des palmiers et des dattes qui pendent par grosses grappes. C'est là que l'on peut voir les premiers dromadaires, assis, attendant le signal du départ.

Nous attaquons la longue descente sur Ksar Ghilane, piste qui a été goudronnée il y a deux ans. Parfois la route est recouverte de sable et nous pouvons nous y croire, mais sans prétention, avec des propulsions, moteur à l'avant !  La 700 sera la voiture qui passera le mieux sur le sable. Les deux derniers kilomètres sont complètement ensablés et Didier prendra la décision de laisser les voitures dans un dispensaire fermé. Notre rapatriement se fera en 4X4 par les locaux jusqu'au campement où nous attendent les tentes et la vision du désert, cette étendue infinie, étrangement attirante.

Seule la 700 ira jusqu'au bout, Didier l'ayant choisie comme voiture de reconnaissance pour tester cette partie ensablée. Jacques a fait preuve d'une grande maestria dans le pilotage sur le sable. Certes nous aurions bien aimé aller avec nos voitures : une voiture ensablée c'est drôle et amusant à secourir, mais une dizaine de voitures ensablées, çà finit par gâcher la soirée. Alors la décision du chef fut sage et bien acceptée.

Les tentes sont distribuées et chacun une fois installé profite des possibilités du campement (piscine, apéro, massages, bain dans une source d'eau chaude appelée la Gouille)

Le lendemain une balade est proposée soit à dromadaire, soit en quad pour une virée dans le désert de 2 ou 3 heures, avec arrêt au Ksar enseveli, qui est un ancien fort romain. Encore une grosse partie de rigolade : ensablements, chutes (sans gravité) et rivalités en dextérité à franchir les dunes.

 

Le repas du soir est animé par un groupe folklorique avec une danseuse qui entrainera certains d'entre nous à participer. Seule le musicien au pipeau criard perturbait nos tympans. Alexandre y perdra sa chemise sous les yeux de la pétillante Cécile, son épouse.

Dès le lendemain, l'idée de remonter vers le nord nous rappelle que nous approchons de la fin de notre aventure et le moral est un peu en baisse.

Nous remontons la route de la veille, après un court arrêt au mémorial de la "Colonne du Général Leclerc" .

La 320/6 fait une sortie de route intempestive partant en tête à queue dans le désert de pierrailles. Heureusement plus de peur que de mal, une roue hors service et un pot d'échappement qui sera réparé, tard dans la nuit, lors de notre arrivée à Sfax par l'agent BMW local qui viendra nous dire bonjour à l'hôtel.

Déjeuner à Matmata, à la Table Berbère, fameux village troglodyte avec ses ingénieuses habitations creusées dans la terre sur environ 6 mètres de profondeur. On y trouve là aussi le village de fermiers du début de la Guerre des étoiles. Il est 17 H, du haut du minaret, le muezzin invite les fidèles à la prière.

Direction Sfax, deuxième ville du pays en population. C'est une ville très commerciale présentant une facette véritable de la Tunisie moderne. La soir nous quittons l'hôtel Syphax Sangho ****, en taxi, pour visiter les différents souks, principaux attraits de la médina, mais nous sommes arrivés trop tard et les boutiques étaient fermées. Nous avons tout de même pu admirer la porte d'entrée aux trois arcades du XIVè siècle, où se trouve non loin de là, la Grande Mosquée.

 

Nous sommes sur la partie Est de la Tunisie, la circulation est dense, beaucoup de trafics, des mobylettes parfois à contre sens se mêlent aux voitures, aux ânes et aux troupeaux. Les tunisiens conduisent généralement à l'instinct, sans se préoccuper des lignes blanches et autres panneaux de signalisation. La vigilance est de rigueur, mais nous arrivons sans problème et dans la bonne humeur.

La journée est chargée, direction Tunis avec repas à Port El Kantaoui. Au passage visite du Colisée d'El-JEM, le mieux conservé de toute la Tunisie. Il fut détruit au canon au XIXè siècle, victime de son statut de forteresse rebelle. Il reste aujourd'hui un monument impressionnant qui surpasse par sa beauté tous les vestiges romains de la même époque.

Nous sommes autorisés, exceptionnellement, à garer nos voitures sur le Port El Kantaoui. Ce véritable fleuron du tourisme tunisien intégré et moderne est unique en son genre. C'est le premier port jardin de la Méditerranée avec ses marins et ses luxueux hôtels de style arabo-turc ou andalou. Nombreuses boutiques et cafés maures à gogo.

Le repas sur le port à l'ombre des canisses est de premier choix. En cours de route, nous faisons notre dernière étape à Bir Bour Regba pour faire une dégustation (avec modération) et quelques achats de vins tunisiens au "Château Bacchus".

 

Dernière nuit à Tunis à l'hôtel Palace ***** "Barcelo Carthage Thalasso" apothéose finale, piscine intérieure et extérieure, centre de thalassothérapie, bars maure et africain. Une dernière Tibarine (alcool de datte) ou une Boukhra (alcool de figue) pour célébrer la fin du séjour.

La 327/28, notre septuagénaire, qui s'est remarquablement comportée pendant tout le parcours, présente une défaillance de la dynamo. Elle fera la traversée sur le plateau par sécurité.

 

Le dimanche matin, avant de rejoindre le port, nous profitons du prix du sans plomb pour faire le plein et nous nous retrouvons tous à la douane pour les formalités.

Il ne faut jamais être pressé, c'est une règle ! Arrivée à 10 H, le bateau partira vers 15 H. Longue attente pour les formalités administratives et douanières teintées d'excès de zèle de certains fonctionnaires locaux. Les douaniers nous demandent d'ouvrir les coffres sans pour autant fouiller les bagages. Lorsque la 700 arrive, Jacques se dirige vers l'avant pour ouvrir le coffre et le douanier lui dit : Non, le coffre, là ! Alors il s'exécute et le douanier voyant le moteur, lui demande de le refermer. Il faut dire que Jacques, prévoyant avait emporté un moteur de rechange dans le coffre et les bagages sur la banquette arrière. Mort de rire.

 

Nous voici ré embarqués sur le "Méditerranée" direction Marseille. Traversée égale à celle de l'aller, duty free pour certains (certaines), nostalgie pour les autres. Débarquement, émouvantes séparations et chacun retrouve le chemin de ses pénates.

Mais, mais, un nouveau circuit est déjà prévu pour l'année prochaine.

 

Nous remercions tous les participants qui ont pris part à cette aventure pour la convivialité qui anima ce séjour, pour leur solidarité et pour le respect des horaires. Toutes ces choses permettant le bon fonctionnement d'un groupe.

 

 

 

Bruno D.